Musée national de la Marine

EN VRAGUE
Antoine Grulier et Thomas Defour
 

Depuis sa création en 1814, le musée de la Marine ouvre ses portes pour la première fois à de jeunes designers sous l’impulsion du festival international Design Parade à l’initiative de la villa Noailles. Il ouvre ses réserves aux deux jeunes lauréats du Prix 2016, mention spéciale du jury, Antoine Grulier et Thomas Defour, qui l’explorent, l’effeuillent, les réinterprètent dans une scénographie inédite.

Leur intervention originale prend place dans les espaces du musée, sans les bousculer, dans un dialogue permanent avec les collections choisies pour leur fonction utilitaire. Elle s’enrichit d’objets prêtés par le Conservatoire de la tenue, patrimoine unique au sein de la Marine, installé dans le pavillon ouest de la corderie royale de Toulon. Ces collections retracent deux cents ans d’évolution, de l’habillement, d’accessoires du marin, d’équipements techniques et d’articles nécessaires à la vie à bord, outils aussi bien que vaisselle… Elles permettent de comprendre par exemple l’origine et la transformation du tricot rayé qui a largement inspiré le monde de la mode. On découvre le contenu d’un sac de marin, composé de petits carrés numérotés, empilés comme des cartes à jouer au fond d’un sac qui pourra à l’occasion être décoré, mais qui est premièrement conçu pour ne pas prendre de place à bord d’un bateau où l’espace est contraint. Ainsi les objets fonctionnels, utiles nécessairement et soumis aux contraintes de production, deviennent des objets cultes continuellement réinventés.

Inspirant les militaires comme les civils depuis l’Antiquité, le monde maritime est d’une richesse sans limite pour ceux qui prennent la mer autant que pour les artistes. Les collections du musée de la Marine en témoignent et tissent des liens entre l’histoire, les inventions, les progrès techniques, et aussi l’imaginaire et les pratiques artistiques. On citera par exemple ces artistes qui, dans les années 1950, reprirent le thème du coquillage, déjà en vogue dans la seconde moitié du XIXe siècle dans les très touchants « souvenirs de bord de mer ». Leurs pièces oniriques et uniques mêlant nacre et corail furent sélectionnées par un jury pour l’exposition au salon de la Marine implanté au Palais de Chaillot à Paris.

À leur tour, Antoine Grulier et Thomas Defour se saisissent des créations léguées par les générations précédentes et mettent en résonance, à l’aune de leur éclairage personnel, les artefacts et les productions industrielles de siècles passés. Il y est question de voyage, à travers le regard d’un hypothétique marin parcourant les mers et les paysages cadrés par le hublot. Les objets, choisis pour leurs qualités esthétiques et fonctionnelles, laissent imaginer la vie quotidienne, et les grands jours de parade ils sont mis en scène dans des univers rappelant les cabines de bateau que l’on regarde à travers un œilleton, comme un diorama subjectif et affranchi des limites chronologiques.

 

The musée de la Marine has opened its doors to young designers, for the first time since its creation in 1814, as a result of an initiative of the villa Noailles and its international festival Design Parade. The museum has provided access to its archives to two of the young award winners of the Prix spécial 2016, Prix 2016, special mention of the jury, Antoine Grulier and Thomas Defour, who have explored them, flicked through them, and reinterpreted them in an unprecedented scenography.

Their unique intervention has taken up residence in the museum’s spaces — without disturbing them — in a permanent dialogue with collections that have been chosen for their utilitarian role. Their project is enriched by objects leant by the Conservatoire de la tenue, a unique patrimony at the heart of the Navy which is located in the western pavilion of the Corderie Royale of Toulon. These collections retrace two hundred years of development, of clothing, sailors’ accessories, technical equipment and articles necessary for life aboard, tools along with crockery… They allow us to understand, for example, the origin and transformation of the striped pullover which has been such an inspiration in the fashion world. One may also discover the contents of a sailors holdall, consisting of little numbered squares, stacked up like playing cards at the bottom of a bag which might sometimes be decorated, but which is primarily intended to not take up space on board a boat, where space is limited. Thus the functional objects, necessarily useful and subject to production constraints, become cult objects which are continually reinvented.

The maritime world has inspired both the military and civilians since Antiquity and is just as much an endless resource for those who take to the sea as for artists. The collections of the Musée de la Marine bare witness to this, splicing the ties between history, inventions, and technical progress, as well as an imaginary world and artistic practices. One example of this is those artists in the 1950s who once again took up the themes of shells — already popular in the second half of the 19th century — in very touching “seaside souvenirs”. Their dreamlike and unique objects, which blended mother of pearl and coral, were chosen by a jury for an exhibition at the Salon de la Marine, at the Palais de Chaillot in Paris.

In turn, Antoine Grulier and Thomas Defour have seized upon the creations passed down from previous generations and, according to their own personal perspectives, have integrated the artefacts and industrial productions of past centuries. It is a question of a voyage, seen through the viewpoint of a hypothetical sailor crossing the seas and landscapes, and framed by a porthole. The objects, chosen for their aesthetic and functional qualities, allows one to imagine daily life, as well as important ceremonial occasions staged within a world that calls to mind boat cabins as seen through a spyglass, like a subjective diorama, liberated from chronological limits.