Samy Rio

Itinéraires

 

À l’été 2016, la villa Noailles consacrait une exposition personnelle à celui qui avait remporté le Grand Prix Design Parade l’année précédente. Le public y découvrait les vases, les boîtes et le miroir produits lors de ses résidences à la manufacture de Sèvres, au Cirva à Marseille, et grâce au soutien financier de Galerie kreo. À cette occasion, le photographe Grégoire Alexandre avait réalisé une série d’images à Hyères mettant en scène les objets inédits dans le décor moderne de la villa. Depuis, l’exposition a été présentée en Belgique, en Allemagne et à Paris dans le cadre des partenariats du festival.

Ce qui nous intéresse ici, c’est d’observer l’évolution d’un créateur et sa capacité à utiliser les outils mis à sa disposition, de voir comment il les transcende et les renouvelle. En effet les institutions et la galerie qui accompagnent le concours prennent un risque collectif et désiré, celui d’être surpris en faisant confiance à un débutant qui pourra s’appuyer sur des artisans au savoir‑faire d’exception, en sautant les étapes pour lui laisser faire ses preuves dans les ateliers sans attendre l’aval d’un corpus critique ou commercial.

C’est ce à quoi s’est confronté Samy Rio en l’espace de quelques mois ; se familiariser avec des matériaux précieux, ou inhabituels pour lui, et surmonter l’émotion de concevoir pour une galerie mythique. Une année plus tôt, le designer avait mené des recherches approfondies sur le bambou en l’utilisant à la manière d’un profilé calibré dont il explorait toutes les coupes et les assemblages possibles, et dont il envisageait la singularité d’un point de vue industriel. C’est avec la même rigueur qu’il avait abordé la porcelaine, le verre et le miroir en les associant grâce à des clefs en bois, des cordelettes en nylon et des joints en caoutchouc. « Mécanique d’assemblages » signait la cohérence d’un système de dessin qu’il développe encore aujourd’hui.

Depuis, Sèvres et le Cirva coéditent le vase bleu. Le miroir est désormais disponible dans plusieurs variantes de finition au catalogue de la Galerie kreo qui vient de lui commander une nouvelle série de vases et de lampes renouant avec les matériaux de prédilection du designer. L’association Hand in Hand l’a invité à Taïwan où il a réalisé un miroir et une lanterne en bambou. Il en décline actuellement une version en palme tressée pour la jeune maison tunisienne Marlo & Isaure qui éditera également dans les mois à venir, une lampe suspendue alliant un abat‑jour en palmier et une coupelle en terre cuite pour moduler la lumière.

Amorcée rapidement après son diplôme, cette mécanique de collaborations et de commandes a permis à Samy de s’engager dans une dynamique de création, en constante adaptation aux matériaux, aux territoires et aux compétences mises à sa disposition.

 

In the summer of 2016, the villa Noailles dedicated a solo exhibition to the winner of the previous year’s Grand Prix Design Parade. The public discovered vases, boxes and a mirror produced during his residences at the manufacture de Sèvres and Cirva in Marseille, thanks to the financial support of Galerie kreo. In turn, Grégoire Alexandre created a series of images featuring these unique objects in the modern decor of the villa. Since then, the exhibition as been shown in Belgium, Germany, and Paris, thanks to partnerships with the festival.

We are concerned here with observing the evolution of a creator, their ability to use the tools at their disposition, to see how they may transcend and renew them. Indeed, the institutions and the gallery which accompany the competition take a collective and intentional risk, that of being surprised by trusting a beginner who might rely upon these artisans with their exceptional savoir‑faire, skipping steps so that they can prove themselves in the workshops, without waiting for the approval of a critical or commercial corpus.

This is what Samy Rio was confronted with in the space of a few months; becoming acquainted with precious materials, or that were out of the ordinary for him, and overcoming the emotion of designing for a mythical gallery. A year earlier, this designer had undertaken detailed research on bamboo by using it in the manner of a gauged and profiled element, through which he explored all of the possible cuts and assemblies, and whose uniqueness he examined from an industrial perspective. It is with the same meticulousness that he has approached porcelain, glass, and mirrors, by combining them thanks to wooden pegs, nylon ropes and rubber seals. « Mécanique d’assemblages » marked the coherence of a design system which he is still developing today.

Sèvres and the Cirva now co‑produce the blue vase. The mirror is available in several variations of finish in Galerie kreo’s catalogue and they have also recently commissioned a new series of vases and lamps which mark a return to the designers favoured materials. The association Hand in Hand invited him to Taiwan where he created a mirror and a lantern made out of bamboo. He is currently creating a version made from woven palms for the young Tunisian company Marlo & Isaure who in the next few months will also produce a suspend lamp which combines a palm lampshade and a terracotta cup for varying the light.

Initiated rapidly after his graduation, this system of commissions has allowed Samy to involve himself in a dynamics of creation, in constant adaptation with the materials and the various domains and skills placed at his disposal.