Vincent Darré 

La maison hantée de Vincent Darré

En découvrant la ville de Toulon et la côte qui l’entoure, je rêvais de vivre dans un de ces palais d’un autre temps qui surplombent des jardins en escaliers plantés de cyprès, de pins, de parasols, de palmiers et d’aloès qui descendent jusqu’au rivage bleu outremer. Ces propriétés merveilleuses hantent mon imaginaire depuis l’enfance. Je prenais le train de Paris et arrivais au petit matin à Antibes chez ma grand-mère qui habitait un mas à Biot.

Qui vit dans ces demeures presque hollywoodiennes ? Une comtesse aux pieds nus échouée dans une villa abandonnée ? En partant de cette obsession j’ai retourné la carte blanche que le Musée d’art de Toulon m’offrait pour raconter l’histoire de cette famille imaginaire de grands collectionneurs toulonnais depuis plusieurs générations.

Puisant dans les extraordinaires réserves du musée, j’ai remonté l’arbre généalogique de cette cité méditerranéenne qui logea tant de riches excentriques. La machine à remonter le temps de ce parcours commence par l’antichambre d’une âme noire, d’un ancêtre qui hante à jamais le musée. Si on a le courage de franchir ce sas, on peut découvrir le salon vert meublé de mes créations qui, elles aussi, remontent le fil de mon travail.

Confrontation des œuvres accrochées : une collection de tableaux du XVIIIe siècle remonte à l’arrière-grand-père, puis au grand-père moins austère qui profita de ces années oisives où les Anglais venant respirer l’air désuet de la côte d’Azur, il rassembla divers marines et d’autres œuvres d’art modernistes. Son fils poursuivra ce pas vers l’art du contemporain, mélangeant ainsi les époques.

Ce salon maritime donne sur une chambre où logeait un ami artiste de la famille. Dans la lignée d’un Cocteau ou d’un Bérard, cette pièce est dédiée à la rêverie. Peinte d’un bleu royal où une princesse oublia son lit à baldaquin. Le poète dormant là, il récolta dans le chantier naval des objets oubliés et rouillés, et il vit entouré de ses livres, son bureau où s’entassent des dessins, des livres et des photos épinglées sur le mur. Insomniaque, il regarde sans fin ce film qui se déroule sous ses yeux étoilés : est ce lui ou moi qui rêve de vivre à jamais dans cette architecture fantasque ?

 

 Haunted House

 

When I discovered the town of Toulon and the coastline which surrounds it, I dreamt of living in one of the bygone palaces which overlook terraced gardens planted with cypress trees, pine trees, umbrella pines, palm trees and aloes which descend down to the navy blue shore. These marvellous properties haunt my imaginations since my childhood. I would take the train from Paris and arrive at daybreak in Antibes at my grandmother’s, who lived in a Provençal farm in Biot.

Who lives in these almost Holywoodian homes? A barefooted countess stranded in an abandoned villa? Starting from this obsession, I took the carte blanche which the Musée d’art de Toulon had offered and turned it over in order to tell the story of an imaginary Toulon family consisting of several generations of important collectors.

Drawing upon the museum’s extraordinary archives, I traced back through the genealogical tree of this Mediterranean city which was home to so many wealthy eccentrics. The time machine for this voyage started from the antechamber of a black soul, from an ancestor who forever haunts the museum. If one is brave enough to cross through the airlock, then one can discover the Salon Vert, furnished with my creations, which also retrace the steps of my work.

A confrontation of the works on display: a collection of paintings from the 18th century date back to the great-grandfather, and then to a lesser austere grandfather who took advantage of these lazy years, when the English came to inhale the dated air of the Côte d’Azur, assembling various seascapes and other modernist works of art. His son followed this path towards contemporary art, thus blending periods together.

This maritime living room leads to a bedroom where an artist, friend of the family, resided. Following the tradition of a Cocteau or a Bérard, this room is reserved for reverie. It is painted in a royal blue, where a princess forgot her four-poster bed. The poet, sleeping there, harvested forgotten and rusted objects from the naval yard, living surrounded by his books and photos pinned to the wall. An insomniac, he watched endlessly this film which played before his starry eyes: was it him or me who dreams of forever living in this fanciful architecture?